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Mohamed Adjou – 𝗕oumediene, quoi qu’on dise

Ils disent que c’était un psychopathe, un ambitieux, un baathiste, un agent de De Gaulle , un islamiste liĂ© aux FM, un affidĂ© de Nasser, un assassin, un vendu, un embusquĂ©, qu’il a fomentĂ© et exĂ©cutĂ© un coup d’état pour prendre le pouvoir, qu’il a tolĂ©rĂ© la perpĂ©tuation de la prĂ©sence française Ă  Mers el KĂ©bir et Oued Namous, qu’il a sinistrĂ© l’enseignement en l’arabisant, qu’il a fait le lit de l’islamisme, qu’il a sinistrĂ© l’agriculture en instaurant la RĂ©volution Agraire, l’industrie en promulguant l’industrie industrialisante, dĂ©truit le systĂšme de santĂ© en dĂ©crĂ©tant la mĂ©decine gratuite etc

1- PSYCHOPATHIE : Tout le monde prend pour argent comptant et pour vĂ©ritĂ© indiscutable une petite confidence qu’aurait faite Fanon au Colonel DehilĂšs et dont ce dernier se serait ouvert Ă  je ne sais plus qui
 Mais personne ne se pose la question des relations entre les deux Colonels et du fait que les deux hommes n’Ă©taient pas en parfaite entente…

MĂȘme si le Colonel DehilĂšs ne peut ĂȘtre dĂ©cemment accusĂ© de mensonge, personne n’a osĂ© faire la moindre rĂ©serve sur cette « analyse » de Fanon et personne ne s’est dit pourquoi il ne s’en est pas ouvert Ă  d’autres cadres de la RĂ©volution


Personne n’a pensĂ© un seul instant que tout « rĂ©volutionnaire» est quelque part psychopathe car la mĂ©fiance dans laquelle il vit, vis-Ă -vis de ses pairs comme de ses adversaires ne peut lui permettre de rester psychologiquement serein


Je ne sais pas d’ailleurs pourquoi, en l’occurrence, on fait preuve de ce « deux poids et deux mesures »  S’il faut croire ce qu’a « dit » de BoumediĂšne Fanon Ă  DehilĂšs, ne devrait-on pas croire ce qu’a « Ă©crit » Bessaoud Mohand Arab Ă  propos de DehilĂšs et c’est autrement plus grave qu’un avis psychiatrique, les Ă©crits sont lĂ  contrairement aux paroles qui elles, se sont envolĂ©es ?

2- AMBITION DEMESUREE: L’ambition qui est mĂ©ritoire car c’est un sentiment qui permet Ă  l’individu de se surpasser est pour BoumediĂšne une tare inexcusable


Cet homme qui fut le plus jeune Colonel de l’ALN ne s’est jamais imposĂ© par les « vertus » du rĂ©gionalisme et du clanisme (il avait choisi l’Oranie pour activer et non les rĂ©gions oĂč rĂ©sidaient sa tribu et son clan, contrairement Ă  la plupart des responsables)


Il a Ă©tĂ© nommĂ© Colonel non pas par cooptation de ses amis (il n’en avait semble t’il pas) ni grĂące Ă  l’appui des grands chefs de sa rĂ©gion, mais pour ses qualitĂ©s de sĂ©rieux et d’engagement qui frisaient l’ascĂ©tisme, ce que lui reconnaissent ceux qui l’estiment comme ceux qui le haĂŻssent


3- ETIQUETTES : Cet homme dont tous les observateurs neutres reconnaissent l’ombrageuse algĂ©rianitĂ© a montrĂ© aussi bien durant la guerre qu’aprĂšs l’indĂ©pendance qu’il n’avait jamais souscrit Ă  une quelconque infĂ©odation ni au courant arabiste, ni au courant islamiste, ni au nĂ©o-colonialisme ni mĂȘme Ă  la francophonie et n’a eu de cesse de les dĂ©noncer avec une rare virulence


Le peu de sĂ©rieux de ces Ă©tiquettes est dĂ©montrĂ© par l’accusation de Nasserisme, de FrĂšre Musulman et de Communisme
 en mĂȘme temps !


Il faut rappeler que Boumediene n’a jamais acceptĂ© les ordres ou mĂȘme les conseils de Saddam, Assad, Nasser ou Hassan et se souvenir de son mĂ©morable coup de gueule contre les pays qui ont assistĂ© au sommet de la francophonie « Wallah ma yerb’hou chi ! » et son « Hussein el kelb ! » qui a suivi Septembre Noir en se disant que ce roi qu’il avait qualifiĂ© sous le coup de la colĂšre de ce mot est le premier reprĂ©sentant de la Franc-Maçonnerie Arabe (comme il est connu depuis peu)…

Se souvenir aussi de son froid avec Hafedh El Assad pour son refus de libérer Noureddine El Atassi et de sa consternation publique quand Numeiry fit pendre El Mahdjoub le communiste 


Les Ă©tiquettes Ă©tant facile Ă  coller, on a attendu qu’il disparaisse pour faire de lui la chose et son contraire, pour rassembler le plus large front possible contre lui


4- ILLEGITIMITE : On revient toujours Ă  la prise du pouvoir par l’ArmĂ©e des FrontiĂšres, mais personne n’ose reconnaĂźtre qu’en ces temps troubles oĂč les Chefs de Guerre se voyaient tous Chefs d’Etat, Boumediene Ă©tait le SEUL Ă  avoir le droit d’intervenir pour arrĂȘter les dĂ©rives car il Ă©tait Chef d’Etat Major GĂ©nĂ©ral, nommĂ© par les organes de la RĂ©volution et disposait de la compĂ©tence, du pouvoir et de la lĂ©galitĂ© pour imposer l’ordre face aux dĂ©rives des uns et des autres et c’est Ă  ce seul titre qu’il a intervenu et s’il n’avait pas intervenu, nous lirions dans les livres d’Histoire que cet Homme a failli Ă  ses engagements


L’intervention de BoumediĂšne ne s’est pas faite en qualitĂ© de PrĂ©sident de la RĂ©publique ou de prĂ©tendant Ă  la prĂ©sidence mais en qualitĂ© de chef suprĂȘme de l’ArmĂ©e
 Et son appel Ă  Ben Bella a trĂšs certainement Ă©tĂ© en dĂ©sespoir de cause


De plus, il faut le reconnaĂźtre, l’homme qui ralliait le plus de suffrages Ă  l’époque et qui bĂ©nĂ©ficiait d’une plus forte sympathie populaire Ă©tait Ben Bella, qu’on le veuille ou non, qu’on l’accepte ou pas
 peut ĂȘtre pour sa faconde, peut ĂȘtre pour son air enjouĂ©, peut ĂȘtre parce qu’il n’avait pas, comme certains de ses co-dĂ©tenus, rĂ©uni ses partisans dans un parti et qu’il avait souscrit Ă  l’idĂ©e de rester sous la banniĂšre du FLN par conviction, « ruse de guerre » ou dĂ©faut de soutiens sĂ©rieux


5- UN PLANQUE QUI N A JAMAIS TIRE UN COUP DE FEU
 Le paradoxe c’est que cette accusation qui fait rire vient essentiellement de ceux qui avaient souscrit au principe de la primautĂ© du civil sur le militaire
 Ceux qui dĂ©cochent de maniĂšre rĂ©currente cette flĂšche contre le prĂ©sident BoumediĂšne oublient qu’un chef rĂ©volutionnaire n’est pas obligatoirement un soldat


Ils n’ont jamais accusĂ© les autres grandes figures de la rĂ©volution de ne pas avoir canardĂ© l’ennemi, de Ben M’Hidi Ă  Bitat, de Benkhedda Ă  Abane, de Ferhat Abbas Ă  M’Hamed Yazid, de Ben Bella Ă  Boudiaf


Ils ignorent ou font semblant d’ignorer que De Gaulle, Churchill et Eisenhower n’ont jamais pris les armes contre l’ennemi et que Castro ne tira certainement pas une cartouche en se faisant prendre par les troupes de Batista, et Ho Chi Minh et Giap n’ont peut ĂȘtre pas tirĂ© une cartouche mĂȘme s’il rĂ©ussirent la tannĂ©e administrĂ©e aux Français Ă  Dien Bien Phu puis aux yankees malgrĂ© leurs B52 et leurs dĂ©foliants.

Je vais arrĂȘter là
 je sais qu’aprĂšs avoir perdu des ami(e)s islamistes, arabistes, et kabylistes, je vais devoir supporter que le ciel me tombe sur la tĂȘte en me positionnant comme dĂ©fenseur du Colonel BoumediĂšne 
 mais j’ai fait le serment de dire ce qui me tient Ă  cƓur, pas ce qui me vaudra la sympathie de ceux qui aiment bien qu’on leur dise ce qu’ils veulent entendre


Mais j’ai bon dos et je compte bien dĂ©velopper le reste des points citĂ©s en introduction pour peu que je trouve le temps de le faire


Le courage, la volonté et les arguments ne me manqueront certainement pas


𝐁𝐎𝐔𝐌𝐄𝐃𝐈𝐄𝐍𝐄, 𝐐𝐔𝐎𝐈 𝐐𝐔’𝐎𝐍 𝐃𝐈𝐒𝐄 – 𝟐𝐞 𝐏𝐀𝐑𝐓𝐈𝐄

Dans les reproches faits Ă  BoumediĂšne on rencontre outre ceux que j’ai citĂ©s dans la premiĂšre partie et qui ne furent malheureusement que trĂšs peu dĂ©battus, les intervenants se cramponnant Ă  2 ou 3 idĂ©es fixes, on rencontre dis-je deux autres, l’un politique et l’autre Ă©conomique, qui sonnent en « eureka » dans la bouche et les Ă©crits de ses pourfendeurs :

𝟏- đ„’đšđ©đ­đąđšđ§ đŠđšđ§đšđ©đšđ«đ­đąđŹđ­đž

𝟐- đ„’đšđ©đ­đąđšđ§ đŹđšđœđąđšđ„đąđŹđ­đž

Je vais, dans ce qui suit, essayer de dire quelques mots sur ces choix que certains jugent catastrophiques en faisant prĂ©valoir l’idĂ©e que d’autres choix auraient permis au pays un dĂ©collage vertigineux quand d’autres affirment que sans ces choix le pays aurait Ă©tĂ© disloquĂ© et la RĂ©volution n’aurait mĂȘme pas tenu la promesse de l’unitĂ© de la nation et de la conservation de son intĂ©gritĂ© territoriale


Les deux ont bien sĂ»r raison parce qu’avec des hypothĂšses toute conclusion se tient


𝟏- 𝐋𝐄 𝐂𝐇𝐎𝐈𝐗 𝐃𝐔 𝐏𝐀𝐑𝐓𝐈 𝐔𝐍𝐈𝐐𝐔𝐄.

Ceux qui reprochent Ă  Boumediene l’option monopartiste oublient sciemment cette incontestable Ă©vidence: L’AlgĂ©rie n’est ni la France, ni le Maroc, ni la Libye, ni la Tunisie.

L’AlgĂ©rie est un cas unique.

C’est un pays qui a subi une colonisation de peuplement et dont la dĂ©colonisation s’est faite avec une rare brutalitĂ© et une vĂ©ritable politique de la terre brĂ»lĂ©e.

La guerre a Ă©tĂ© menĂ©e sous la banniĂšre du FLN, un mouvement de libĂ©ration qui avait pour programme essentiel et exclusif: LA LIBERATION DU PAYS car c’Ă©tait en elle mĂȘme un trop vaste programme…

Pour y arriver, le FLN a du rĂ©duire toutes les vellĂ©itĂ©s et les ambitions politiques (parfois fondamentalement divergentes) qui divisaient les AlgĂ©riens: UlĂ©mas, communistes, messalistes, arabistes, berbĂ©ristes, assimilationnistes…

La mise au pas de ces tendances ne pouvait se faire avec un gant de velours et ça se comprend ! Et si les diffĂ©rentes tendances ont acceptĂ© de se fondre dans le moule du FLN, elles n’ont pas pour autant reniĂ© leurs principes ni pardonnĂ© cette mise au pas.

A l’indĂ©pendance, deux choix se prĂ©sentaient:

a)- libĂ©rer les tendances et leur permettre d’activer, chacune selon ses conceptions.

b)- adopter le mĂȘme schĂ©ma politique que celui imposĂ© par la guerre de libĂ©ration 


La premiĂšre alternative ne pouvait ĂȘtre envisagĂ©e, sachant que le pays Ă©tait d’une part extrĂȘmement fragile et que d’autre part, la guerre froide battait son plein et faisait courir le risque d’une guerre civile dĂ©vastatrice sous les influences et les exhortations des deux blocs.

Et c’est la deuxiĂšme option qui ne fut mĂȘme pas choisie mais qui s’est imposĂ©e.

La premiĂšre Constitution a le mĂ©rite d’expliquer sans ambages cette option puisque dans son prĂ©ambule elle dit textuellement:

 » Les rĂ©gimes prĂ©sidentiels et parlementaires classiques ne peuvent garantir (la) stabilitĂ© alors qu’un rĂ©gime basĂ© sur la prééminence du peuple souverain et du parti unique, peut l’assurer efficacement. »

Le pouvoir de l’Ă©poque fut aussi trĂšs clair dans ses choix puisque:

Le 14/8/63, le dĂ©cret 63/297 fut promulguĂ©; tous les ministres et Ben Bella signĂšrent l’interdiction  » sur l’ensemble du territoire national les associations ou groupements de fait ayant un caractĂšre politique. »

Et comme consĂ©quence logique de ce dĂ©cret, le 28/9/63 est prononcĂ©e la dissolution du FFS « considĂ©rant qu’il poursuit un but politique, que son activitĂ© est de nature Ă  porter atteinte Ă  l’intĂ©gritĂ© du territoire et Ă  l’unitĂ© nationale. »

Le choix du parti unique ne découle pas de la volonté de Boumediene mais des résolutions sans ambiguïté du CNRA


Dans l’annexe rĂ©servĂ©e au parti, voici en toutes lettres ce qui est dit:

 » Pour réaliser les objectifs de la Révolution démocratique populaire, il faut un parti de masse puissant et conscient.

NĂ© dans le feu de I’action, le FLN a rassemblĂ© en son sein toutes les forces vives de la nation. Des tendances diverses drainant des idĂ©ologies disparates ont coexistĂ© en son sein.

Les structures ont Ă©tĂ© Ă©laborĂ©es d’une maniĂšre empirique et en fonction des besoins immĂ©diate de la lutte.

Sa reconversion en parti politique est devenue une nécessité impérieuse pour notre marche en avant. »

Ceux qui accusent Boumediene d’avoir choisi le monopartisme se gardent toujours de citer ce texte et se contentent de disserter sur l’antinomie qui existe entre dĂ©mocratie et parti unique
 chose que le CNRA a Ă©vacuĂ©e Ă  sa maniĂšre en prĂ©voyant l’application de la dĂ©mocratie dans le parti lui-mĂȘme et non en dehors.

Conclusion ; le monopartisme n’est pas une dĂ©cision de Boumediene
 le FLN a, dans la plate forme du CongrĂšs de la Soummam exclu d’emblĂ©e le pluripartisme en dĂ©nonçant nommĂ©ment toutes les tendances (communisme, messalisme, maraboutisme etc)


Mais les pourfendeurs de BoumediĂšne ne font aucun cas des textes « fondamentaux » de la RĂ©volution pour la bonne et simple raison qu’ils ne les ont pas lus ou
 parce qu’ils croient plus pertinentes les thĂ©ories dĂ©mocratistes dĂ©veloppĂ©es en «mĂ©tropole» 

𝟐- 𝐋’𝐎𝐏𝐓𝐈𝐎𝐍 𝐒𝐎𝐂𝐈𝐀𝐋𝐈𝐒𝐓𝐄

Dans le domaine Ă©conomique aussi, deux alternatives (il n’y en a pas d’autres !) devaient s’imposer: le libĂ©ralisme ou le dirigisme.

La propriĂ©tĂ© terrienne, commerciale ou industrielle Ă©tant vacante du fait du dĂ©part gĂ©nĂ©ral et prĂ©cipitĂ© des colons, commerçants et industriels français suite Ă  la grave fracture entre les deux communautĂ©s causĂ©e par l’OAS, il fallait consacrer cette propriĂ©tĂ© « bien du peuple » ou l’affecter Ă  de nouveaux propriĂ©taires.

La RĂ©volution s’Ă©tant laissĂ©e prendre Ă  son altruisme a prĂ©fĂ©rĂ© ne pas considĂ©rer cette propriĂ©tĂ© comme un butin de guerre et la rĂ©partir entre les combattants.

Le pouvoir a confiĂ© l’exploitation des fermes dĂšs le 22 octobre 1962 aux « ComitĂ©s De Gestion » (dĂ©cret signĂ© par Ben Bella, Francis, Medeghri, Ouzeggane et Boumaaza) et en fit de mĂȘme pour celle des usines, ateliers et mines le 23 novembre 1962 (dĂ©cret du 23 novembre 1962 signĂ© Ben Bella, Francis, Laroussi Khelifa et Boumaaza ).

Le choix du socialisme qu’on avait surnommĂ© « autogestion » s’est ainsi imposĂ© de lui-mĂȘme et bien malin celui qui peut mĂȘme aujourd’hui suggĂ©rer une autre solution sans occulter les rĂ©alitĂ©s des statuts des biens de production aux lendemains de la libĂ©ration


Et pour prouver que le socialisme fut une option imposĂ©e aussi bien par la philosophie de la RĂ©volution que par la situation rĂ©elle de l’économie et non par BoumediĂšne, on doit savoir que le 5/4/1963 dĂ©jĂ  Ben Bella avait nommĂ© Mohamed Harbi conseiller chargĂ© du secteur socialiste; et ce qu’on feint d’ignorer c’est que Boumediene fut plutĂŽt accusĂ© de tiĂ©deur dans la mise en oeuvre du socialisme plutĂŽt que d’empressement


L’option socialiste qu’on impute Ă  BoumediĂšne ne fut en rien comme nous venons de le voir, une lubie du Kim Il Sung qui dormait en « Boukharrouba » mais une option prĂ©vue par les textes fondamentaux de la RĂ©volution et imposĂ©e par le statuts des terres et des Ă©tablissement industriels, artisanaux et commerciaux… C’est en tergiversant dans l’adoption de cette option que Boumediene aurait trahi la cause nationale, pas en l’assumant.

Dans la 3eme partie je donnerai mon avis sur Evian, Reggane, Mers el Kebir et Oued Namous.

Il y’a d’abord une vĂ©ritĂ© sur laquelle s’accordent tous les gens intellectuellement honnĂȘtes : Boumediene n’a pas acceptĂ© les termes des accords d’Evian nĂ©gociĂ©s par Krim Belkacem et un arĂ©opage de cadres de la RĂ©volution parce qu’il y’aurait dĂ©celĂ© des clauses limitant l’indĂ©pendance du nouvel Ă©tat


Certains disent que ce refus n’est qu’une manifestation de sa jalousie morbide face Ă  Krim qui, en signant ces accords s’est construit le statut de fondateur de l’AlgĂ©rie moderne et que son refus de cautionner le texte dĂ©coule de cette seule raison
 Il s’en faut de peu pour qu’ils aillent prouver son implication dans l’assassinat du « lion du Djurdjura » en invoquant cette mĂȘme raison


Il est quasi certain que les clauses rejetĂ©es par BoumediĂšne sont militaires et concernent les facilitĂ©s et concessions arrachĂ©es par Joxe et ses compagnons sur la poursuite de la prĂ©sence de l’armĂ©e française dans « certains sites » aprĂšs l’indĂ©pendance.

Quant au rejet de ces accords pour cause de « jalousie », il ne tient pas la route
 il n’a jamais Ă©tĂ© prouvĂ© qu’une quelconque inimitĂ© existait entre les deux hommes si ce n’est peut ĂȘtre la mĂ©fiance inhĂ©rente Ă  tous ceux qui cohabitent et agissent dans la clandestinité 

Et puis, il faut savoir que parmi les 9 nĂ©gociateurs : đ‘‡đ‘Žđ‘–Ìˆđ‘’đ‘ đ”đ‘œđ‘ąđ‘™đ‘Žâ„Žđ‘Ÿđ‘œđ‘ąđ‘“, đ‘†đ‘Žđ‘ŽÌ‚đ‘‘ đ·đ‘Žâ„Žđ‘™đ‘Žđ‘, 𝑀𝑜ℎ𝑎𝑚𝑒𝑑 𝑆𝑒𝑑𝑑𝑖𝑘 đ”đ‘’đ‘›đ‘Šđ‘Žâ„Žđ‘–đ‘Ž, đŸđ‘Ÿđ‘–đ‘š đ”đ‘’đ‘™đ‘˜đ‘Žđ‘đ‘’đ‘š, đ”đ‘’đ‘›đ‘šđ‘œđ‘ đ‘Ąđ‘’đ‘“đ‘Ž đ”đ‘’đ‘›đ‘Žđ‘œđ‘ąđ‘‘đ‘Ž, 𝑅𝑒𝑑ℎ𝑎 𝑀𝑎𝑙𝑒𝑘, 𝐿𝑎𝑘ℎ𝑑𝑎𝑟 đ”đ‘’đ‘›đ‘Ąđ‘œđ‘đ‘Žđ‘™, 𝑀’đ»đ‘Žđ‘šđ‘’đ‘‘ 𝑌𝑎𝑧𝑖𝑑 𝑒𝑡 𝑆𝑒𝑔ℎ𝑖𝑟 đ‘€đ‘œđ‘ đ‘Ąđ‘’đ‘“đ‘Žđ‘–Ìˆ, on va en rencontrer 8 qui vont s’accommoder de son pouvoir et y participer chacun Ă  sa maniĂšre


Ceci dĂ©montrera aussi le doute quant Ă  l’implication de Boumediene dans l’assassinat de Krim car il est impensable que pas un seul de ses compagnons n’en soit venu Ă  dĂ©noncer sa responsabilitĂ© dans l’assassinat de leur « responsable » Ă  ces nĂ©gociations qu’ils semblaient pourtant tenir en haute estime


L’argument de la peur sera Ă©vacuĂ© pour deux raisons :

1- personne ne peut décemment accuser ces 8 héros de couardise


2- leur silence Ă  ce propos s’est poursuivi mĂȘme aprĂšs la mort de BoumediĂšne.

On parle aujourd’hui d’un accord secret conclu sous l’impulsion des DAF entre le pouvoir de Boumediene et l’armĂ©e française, particuliĂšrement en ce qui concernait la poursuite des essais des armes chimiques Ă  Oued Namous jusqu’en 1978; et certains pourfendeurs de Boumediene le rendent responsable de la poursuite de l’occupation de Mers El KĂ©bir jusqu’en 1967 et des essais nuclĂ©aires au Sahara jusqu’en 1966.

Je suis trĂšs certain que ceux qui lancent sous formes de scoops rĂ©currents ces accusations sont, trĂšs bien (dĂ©s)informĂ©s et le font plus pour discrĂ©diter l’homme que par jalousie pour « l’indĂ©pendance trahie » du pays


Ces gens lĂ  se recrutent dans :

1- les milieux revanchards qui ont Ă©tĂ© exclus du pouvoir ou s’en sont plutĂŽt exclus par narcissisme et trop haute estime de leur importance ; parce que ce « pouvoir » ne semble avoir exclu que ceux qui ont trouvĂ© que s’il Ă©tait rentable d’y participer, il Ă©tait encore plus intĂ©ressant de s’y opposer 


2- les embusquĂ©s qui se sont inclus dans les pouvoirs ayant succĂ©dĂ© Ă  Boumediene et qui n’ont jamais rĂ©ussi Ă  gagner le prestige du leader en dĂ©pit de leur populisme et de leur dĂ©magogie, qui ont pensĂ© que leur aura est bridĂ©e par la sienne et qu’elle ne s’illuminera que s’ils arrivent Ă  l’éteindre mĂȘme en usant des plus vils procĂ©dĂ©s


3- les thĂ©oriciens et rhĂ©toriciens du dĂ©mocratisme qui parlent du peuple pour les besoins de leurs dissertations en le considĂ©rant toujours comme une canaille immature qui ne connait pas son intĂ©rĂȘt et qui applaudit les fossoyeurs de ses « libertĂ©s » 

Ces trois milieux ont toujours agi séparément mais en toute bonne intelligence


Les premiers en créant des contre-vérités quitte à leur trouver des témoins parmi leurs activistes


Les seconds en laissant faire, la main sur le cƓur pour dire que s’ils n’avaient pas arrĂȘtĂ© les dĂ©rives c’est qu’ils Ă©taient impuissants devant « le dictateur » ou
 non-informĂ©s


Les troisiĂšme en colportant la propagande, en l’étoffant et en prenant pour vĂ©ritĂ©s coraniques les tĂ©moignages des premiers et comme aveu de vĂ©racitĂ©, mais jamais comme preuve de complicitĂ©, les silences des seconds afin de ne pas les effaroucher et s’en aliĂ©ner le partage de la haine pour BoumediĂšne.

Et pour parfaire l’idĂ©e que les accusations sont incontestables, la France officielle s’est toujours confinĂ©e dans un mutisme trop parlant en jubilant intĂ©rieurement, mutisme qui se veut certification que tout ce qui se disait sur les forfaits et la forfaiture de l’homme Ă©tait vrai, laissant mĂȘme se dĂ©velopper l’idĂ©e de l’existence de ces accords secrets qui ne sont pas exhibĂ©s juste parce qu’il n’est pas encore temps de les «dĂ©classifier» 

Les Accords d’Evian permettent pourtant au dernier de leurs lecteurs de comprendre que s’il y’eut « troncage » d’une partie de notre indĂ©pendance, la cause en revient aux clauses qu’ils comportent et que ce sont les piĂšges insĂ©rĂ©s dans le texte d’origine qui ont motivĂ© sa dĂ©nonciation par Boumediene plutĂŽt que des raisons psychologiques qui ne tiennent pas la route comme on l’a vu aux premiers paragraphes.

𝐌𝐄𝐑𝐒 𝐄𝐋 𝐊𝐄𝐁𝐈𝐑 𝐄𝐓 𝐎𝐔𝐄𝐃 𝐍𝐀𝐌𝐎𝐔𝐒

Le texte des Accords d’Evian signĂ© le 18 mars 1962 dit trĂšs clairement : « L’AlgĂ©rie concĂšde Ă  bail Ă  la France l’utilisation de la base de Mers El-KĂ©bir pour une pĂ©riode de quinze ans, renouvelable par accord entre les deux pays. »

La fin du 1er bail devait donc avoir lieu en 1977


L’évacuation se dĂ©roula le 31 janvier 1968, soit une bonne dizaine d’annĂ©es avant


Personne ne fait Ă©tat du probable pressing exercĂ© par BoumediĂšne pour que cette clause soit corrigĂ©e au profit du principe d’indĂ©pendance et d’aucuns mettent mĂȘme cette « victoire » sur le compte de tractations secrĂštes visant en Ă©change, Ă  conserver plus longtemps le site de Oued Namous, sans oublier de prĂ©ciser que ce site qui devait ĂȘtre Ă©vacuĂ© en 1978 l’a Ă©tĂ© dĂ©finitivement en
1986, c’est-Ă -dire 8 annĂ©es aprĂšs la mort de Boumediene.

Mais qu’en rĂ©alitĂ© le gros des installations y avait Ă©tĂ© dĂ©mantelĂ© en 1974 soit, 4 ans avant la date programmĂ©e de sa restitution que je n’ai lue ou entendue nulle part ailleurs que dans une interview du gĂ©nĂ©ral Benyelles datant du 22 mai 2017


Le texte des Accords d’Evian dit en effet et de maniĂšre trĂšs Ă©vasive : « L’AlgĂ©rie concĂšde Ă©galement Ă  la France l’utilisation de certains aĂ©rodromes, terrains, sites et installations militaires qui lui sont nĂ©cessaires. »

Il n’est pas prĂ©cisĂ© quels sites sont concernĂ©s, ni la durĂ©e de conservation, ni les modalitĂ©s techniques et financiĂšres auxquelles doivent obĂ©ir les concessions de ces sites


Il est trĂšs comprĂ©hensible que les français n’aient pas indiquĂ© les noms, coordonnĂ©es, superficies et activitĂ©s de ces sites et qu’un accord secret lie les deux pays sur ce point.

Cet accord peut mĂȘme avoir Ă©tĂ© signĂ© par BoumediĂšne qu’il ne devrait pas ĂȘtre invoquĂ© Ă  charge contre lui mais Ă  sa dĂ©charge puisque la clause figure dans le texte des nĂ©gociations qui fut dĂ©posĂ© Ă  l’ONU et qui engageait les deux pays


M. Benyelles parle de l’échĂ©ance de 1978
 vous pouvez chercher autant qu’il vous plaira, vous ne trouverez jamais cette date dans un document officiel et je suppose que le gĂ©nĂ©ral a divulguĂ© en la prĂ©cisant, un secret militaire dont il Ă©tait dĂ©tenteur


Et je pense, sauf si on m’apporte la preuve du contraire que ces accords secrets s’ils ont existĂ© et ils doivent exister sont de rĂ©daction similaire Ă  celui, public, qui rĂ©git la concession de la base de Mers El KĂ©bir, c’est-Ă -dire qu’ils contiennent une clause de renouvellement du bail


Il est par ailleurs certain que le dĂ©sengagement français de Oued Namous s’est effectuĂ© avant terme comme pour la base de Mers El Kebir suite Ă  l’intransigeance de Boumediene et Ă  son animositĂ© dĂ©clarĂ©e et assumĂ©e contre l’ancienne puissance coloniale plutĂŽt que ne se soit poursuivie l’occupation pour quelque cynique amitiĂ© secrĂšte liant Boumediene Ă  la France ou pour ce fumeux lien de subordination qu’on a inventĂ© entre lui et De Gaulle


Mais on n’évacue pas une base d’expĂ©rimentation chimiques et bactĂ©riologiques comme on Ă©vacuerait un champ de pommes de terre aprĂšs la rĂ©colte


Il doit y avoir plein de mesures Ă  relever sur le terrain des opĂ©rations sur le court et moyen terme et d’opĂ©rations de dĂ©contamination Ă  rĂ©aliser ; et la poursuite de la prĂ©sence français de 1974 Ă  1986 devait rentrer dans ce cadre et non dans l’utilisation du site pour de nouvelles expĂ©riences et c’est d’ailleurs ce qu’affirmait le GĂ©nĂ©ral Benyelles


Ceux qui accusent aujourd’hui Boumediene d’avoir conclu un « accord secret » ne savent pas ce qu’ils disent


En rĂ©alitĂ© si accord il y’eut c’est certainement pour rĂ©gler les modalitĂ©s de retrait des Ă©quipes françaises et non pour la reconduction du bail


Ce qui est loufoque dans l’exploitation de cette affaire, c’est le gros holĂ  de feinte consternation des scribouillards en tous genres devant le caractĂšre « secret » de ces tractations


Comme si on devait reprendre in-extenso les termes de ses tractations par nature secrĂšte comme on reprendrait le texte d’un accord sur les Ă©changes culturels entre l’AlgĂ©rie et la RĂ©publique Equatorienne


Autre grief retenu contre Boumediene, celui d’avoir fait garder la base de Oued Namous par l’ANP, suggĂ©rant une complĂ©mentaritĂ©, une subordination ou une complicitĂ© entre notre armĂ©e et celle de l’ex puissance coloniale, juste pour rĂ©activer l’abcĂšs de fixation des DAF, sans penser que si Evian a permis de tronquer notre indĂ©pendance Ă  Oued Namous, laisser le site sous occupation loin de la surveillance de notre armĂ©e aurait Ă©tĂ© aliĂ©ner totalement cette indĂ©pendance


𝐄𝐒𝐒𝐀𝐈𝐒 𝐍𝐔𝐂𝐋𝐄𝐀𝐈𝐑𝐄𝐒 𝐃𝐄 𝐈𝐍𝐍 𝐄𝐊𝐊𝐄𝐑

Les sites rĂ©servĂ©s par l’ArmĂ©e française pour ses essais nuclĂ©aires datent d’avant l’indĂ©pendance quand la France considĂ©rait notre pays comme un de ses dĂ©partements.

Ces sites ne pouvaient ĂȘtre dĂ©saffectĂ©s du jour au lendemain
 Ce sont les Accords d’Evian qui ont prĂ©vu le maintien de leurs activitĂ©s et BoumediĂšne n’avait aucune possibilitĂ© de les dĂ©noncer ou d’y mettre fin avant l’échĂ©ance du premier bail


il n’avait pas aussi la force de s’y opposer
 la volontĂ©, il est certain qu’elle ne lui manquait pas !…

Et c’est Ă  ce titre que les essais ont continuĂ© aprĂšs le 19 mars et jusqu’en 1966


Il est affirmĂ© sans que je n’en ai personnellement trouvĂ© trace, que les Accords d’Evian prĂ©voyaient que : « la France utiliserait pour une durĂ©e de cinq ans les sites comprenant les installations In-Eker, Reggan et de l’ensemble de Colomb-BĂ©char-Hamaguir ».

Je pense que si cette affirmation est exacte, ce ne sont pas les Accords d’Evian qui prĂ©voyaient cette disposition mais des accords secrets explicitant le point relatif Ă  la concession Ă  la France de « certains aĂ©rodromes, terrains, sites et installations militaires qui lui sont nĂ©cessaires » 

Mais mĂȘme si la France s’est dĂ©sengagĂ©e du site de In Ekker avant le terme de 5 ans pour aller exĂ©cuter ses mĂ©faits sur d’autres terres qui ne sont pas les siennes, en PolynĂ©sie, les dĂ©tracteurs de BoumediĂšne n’hĂ©sitent pas Ă  lui imputer une fĂ©lonie qu’ils sont les seuls Ă  voir en l’accusant de permissivitĂ© avec De Gaulle dans les 11 essais nuclĂ©aires de Inn Ekker exĂ©cutĂ©s entre 1963 et 1966.

𝐄𝐍 đ‘đ„Ìđ’đ”đŒđ„Ì

1- Boumediene ne saurait ĂȘtre accusĂ© d’une quelconque responsabilitĂ© dans la rĂ©daction des clauses des Accords d’Evian dĂ©favorables Ă  l’AlgĂ©rie
 il n’était pas nĂ©gociateur ni signataire et il a dĂ©noncĂ© haut et fort ces Accords.

2- En dĂ©pit de tout ce qui se dit ou s’écrit, BoumediĂšne n’a pas renouvelĂ© les bails prescrits par les Accords d’Evian pour Mers El Kebir, Inn Ekker et Oued Namous puisque la France a quittĂ© ces sites avant terme


3- L’éventuel accord secret autorisant la prĂ©sence française Ă  Oued Namous n’est qu’une hypothĂšse
 aucun document officiel ne prĂ©voit une durĂ©e prĂ©cise de la concession.

4- Les français ont arrĂȘtĂ© leurs essais Ă  Oued Namous 4 annĂ©es (1974) avant la date de fin de concession (1978) prĂ©vue par les dispositions secrĂštes des Accords d’Evian (selon le GĂ©nĂ©ral Benyelles)

5- Affirmer que BoumediĂšne aurait nĂ©gociĂ© en secret la prĂ©sence française sur ces sites est une cynique contre-vĂ©rité  Les dispositions relatives Ă  ces sites sont nĂ©cessairement secrĂštes et ont Ă©tĂ© nĂ©gociĂ©es en marge des Accords d’Evian et certainement pas par Boumediene car il Ă©tait opposĂ© Ă  ces accords, principalement Ă  cause de ces dispositions.

6- L’ANP mobilisĂ©e pour garder Oued Namous n’était pas supplĂ©tive de l’ArmĂ©e Française mais exerçait ses missions de souverainetĂ© en veillant Ă  ce que les opĂ©rations rĂ©alisĂ©es dans le site y restent circonscrites et ne dĂ©passent pas le cadre dans lequel elles Ă©taient autorisĂ©es par les Accords d’Evian.

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